André Stora

Une vie consacrée à la liturgie et au chant


André Stora est né à Paris le 13 décembre 1933.

Pendant la guerre, on le place chez des paysans dans le Jura afin de le protéger des persécutions antisémites. Il se fond dans l’environnement chrétien et chante même à l’église en tant qu’enfant de choeur. Il est très sensible à l’ambiance liturgique.

Après la guerre, il retrouve ses parents, avec lesquels il va vivre à Lyon. Sa mère aime beaucoup la musique et se montre attentive aux talents d’André. Il est engagé à l’Opéra de Lyon à la maîtrise d’enfants et devient vite soliste. On peut l’entendre dans les rôles du berger,  dans  MIREILLE de Gounod  ainsi que  dans la TOSCA de Puccini. Le rabbin de Lyon remarque également ses talents :  on fera entrer l’enfant à l’école rabbinique. Il a alors 14 ans et va s’épanouir dans le chant liturgique. Il travaillera ensuite avec Léon Algazi qui s’attachera beaucoup à développer les dons de son élève préféré.

A 18 ans, André Stora obtient son premier poste de ministre-officiant à la Synagogue de Saint-Etienne. Il aura ensuite la même charge à la Synagogue de la Victoire, à Paris, où le grand rabbin Simon Morali viendra le chercher pour lui proposer de venir à la Synagogue de Nancy. Il y forme une chorale de jeunes avec laquelle il donnera des concerts à Nancy, Paris, Troyes, Besançon, Dijon, Nice, etc… 

Il monte la troupe des Eclaireurs Israélites de France  à Nancy, où il occupe le poste de directeur du Talmud Thora.  

Après quatre ans d’études au Conservatoire de Nancy, il obtient un Premier prix de  Chant et d’Opéra, de déchiffrage et de solfège.

En 1960, il épouse Nicole LIPPMANN, une jeune fille Nancéienne qui le seconde dans ses fonctions. Elle devient animatrice des E.I. et chef de chœur.

Trois filles naissent de cette union, Carole, Laurence, et Anne-Myriam qui deviendront des professionnelles de la musique.

En 1987, alors que la communauté juive de Nancy célèbre le bicentenaire de sa Maison de Prières, André Stora fête ses trente ans de service dans cette synagogue. Il s’y produit comme soliste dans le Service Sacré de Darius Milhaud, qu’il avait déjà chanté à la Synagogue de Nancy avec le soutien de la chorale de Besançon, ainsi qu’à Bordeaux.

A sa retraite, André Stora s’installe en Israël où il réside actuellement.


Le rôle du Ministre-Officiant :

Le Ministre-Officiant de la Synagogue est le délégué de la Communauté. Il ne peut exercer son office qu’avec l’agrément de celle-ci. Son rôle est de conduire la prière de l’assemblée des fidèles. Il est aussi le lecteur de la torah, dont la récitation suit les règles d’une cantillation très ancienne. Le Ministre-Officiant enseigne cette cantillation aux jeunes garçons préparant la cérémonie de leur majorité religieuse :  BAR MITSVAH.

Sa fonction n’est ni celle d’un prêtre, ni celle d’un prédicateur. Investi de la mission de susciter le chant choral de l’assemblée des fidèles, il doit donc posséder des qualités de pédagogue et de musicien, être doté d’une voix agréable et puissante ; mais avant tout, grâce à sa connaissance des traditions religieuses et liturgiques, le Ministre-Officiant doit savoir conduire jusqu’à l’exaltation les sentiments et les émotions de l’âme religieuse de sa communauté.


Enfant caché pendant la Shoah


Mes jeunes années

Depuis leur mariage en 1920, mes parents Abraham Stora et Rose née Azoulay, habitaient PARIS. Ils eurent 3 enfants.
Paul Henri Aaron né le 11 janvier 1922 à Paris
Robert Élie Armand né le 10 novembre 1923 à Enghien-les-Bains
André Michel Joseph né le 13 décembre 1933 à Paris.

Au début de la guerre en 1940, durant l’été (juillet/août), j’étais en colonie de vacances dans la Sarthe à Saint-Calais. Mes parents (mon père Abraham, ma mère Rose, mon frère Robert) étaient partis de Paris en voiture en direction de la Zone libre. Ils souhaitaient me récupérer au passage dans cette région, mais dans leur précipitation, ils n’ont pu faire le détour.

Mon frère Paul qui n’était pas parti avec mes parents, me réceptionna après la colonie de vacances. Je suis resté seul avec lui jusqu’au retour de ma mère.

Avant la guerre, nous habitions avenue Trudaine PARIS 10e ; c’est là que je suis né le 13.12.1933.
Ensuite, nous avons habité rue des Lilas, Paris 19e dans un joli pavillon. Je me souviens, j’étais seul avec mon grand frère, j’avais 8 ans et lui 21. Au retour de ma mère, nous avons déménagé pour un appartement plus modeste 3 pièces 41, rue des Bois 19e, dans le même quartier de sorte que je n’ai pas changé d’école.
– mon frère Paul avait été embrigadé dans les S.T.O. (Service du Travail Obligatoire), et est resté en Allemagne jusqu’après la libération en mai 1945.
– Moi, André, j’étais seul avec ma mère ; elle travaillait comme courtière en Assurances à la compagnie l’URBAINE CAPITALISATION, 24, rue Le Pelletier PARIS 9e. En 1941, alors qu’elle n’avait plus le droit de travailler officiellement, elle travailla pour le compte de Madame Brunie, une « Bonne catholique » qui prenait au passage des bénéfices sur ses maigres commissions. Cette femme m’a entraîné à l’église pour me cacher et m’a fait baptiser à l’église Notre-Dame-des-Champs ; elle était ma marraine.

En décembre 1941, j’ai été évacué de Paris dans le Jura, à Provenchère par Belleherbe (Doubs 25). La famille qui m’avait reçu s’appelait ROCK ou ROQUE : il y avait une vieille grand-mère malade, son fils Marc et sa sœur Reine, ils s’occupaient de la ferme, des animaux et cultivaient les champs. 
Dans ce même village, il y avait d’autres enfants de Paris. Je ne sais pas si ces paysans étaient rémunérés pour recevoir ces enfants. Ils ne devaient pas savoir que j’étais juif. J’allais à l’école du village et à la messe ainsi qu’aux cours de religion.
Je suis resté dans ce village jusqu’en janvier 1945. (Je possède une lettre adressée à mon père datée de janvier 45 indiquant que j’étais heureux de retrouver maman après tant d’années de séparation).

Ma mère avait quitté Paris pour venir à Lyon où elle travaillait toujours à l’URBAINE CAPITALISATION, en tant que courtière en assurances, mais elle ne travaillait pas sous son nom mais pour cette femme, Madame Brunie.
En janvier 1945, ma mère est venue me chercher à Provenchère.
Nous avons alors habité à Lyon, dans une pension de famille 28, rue Veaubecours. Après la libération, mon père est venu nous y rejoindre en juin 1945. Par la suite nous avons loué un appartement 9, rue Clotilde Bizolon et avons récupéré notre mobilier.
Je ne sais pas s’ils étaient restés à Paris ou s’ils étaient dans des garde-meubles à Lyon.
Mon frère Robert s’était engagé dans la résistance à Limoges et il est « mort pour la France » âgé de 20 ans le 18 juillet 1944.
Mon frère Paul est revenu du S.T.O. après la libération et a retrouvé sa famille à Lyon en 1945.
Après la guerre, la famille n’est pas retournée à Paris, elle est restée à Lyon. Nous avons fait inhumer mon frère Robert au Cimetière juif de Lyon rue Abraham-Bloch en 1946.

Ma mère travaillait toujours dans sa compagnie d’assurances et elle s’était séparée par la force des choses de Madame Brunie. Il faut vous dire que mon père me récupérait après 5 ans de séparation ; il m’a rapproché de la synagogue, et éloigné progressivement de l’église. En 46, j’ai quitté le collège de jésuites Saint-Joseph ou j’ai été scolarisé pour rejoindre un cours complémentaire laïc.

A partir de 15 ans, je suis allé à Paris à l’école rabbinique dans la section pédagogie et liturgie pour devenir ministre du culte à la synagogue. Je jouais depuis l’âge de 6 ans du piano, j’avais une belle voix de soprano. J’étais attiré par la musique liturgique au départ celle de l’église puis celle de la synagogue.

Mon père était très affecté de la mort de son fils et étant déjà d’un certain âge, ne travaillait plus. C’est ma mère qui faisait bouillir la marmite.
Après quatre années d’études à Paris, je prenais mon premier poste à Saint-Étienne, et ayant un appartement de fonction, mes parents sont venus habiter chez moi. Je suis resté à Saint-Étienne de 1951 à mars 1956. Je suis allé à Paris à la grande Synagogue rue de la Victoire de mars 1956 à juillet 1957. Depuis cette date, j’ai vécu à Nancy où je me suis marié. J’ai trois filles mariées, onze petits-enfants et neuf arrières-petits-enfants.
Mes parents m’ont suivi à Paris puis à Nancy ; mon père est décédé en mai 1959 et ma mère en novembre 1986. Mon grand frère Paul était marié. Il a eu aussi trois enfants mariés et il est décédé en décembre 1982.

Voici les renseignements de l’état civil :
Mes parents Abraham Stora né le 22-12-1885 à Alger (département d’Alger)
Rose Marcelle Éléonore Azoulay née le 01-11-1896 à Alger. Mariage à Paris 75001 le 15-01-1920 (Contrat de mariage reçu le 09-01-1920 par Maître Henri PINRAU, Notaire à Paris).
Leur premier domicile 18, rue du Pont Neuf Paris
Décès : mon père : 21-05-1959 à NANCY 54000
Ma mère : 08-11-1986 à TOUL 54200

Les enfants Stora :
Paul Henri Aron Stora né le 11-01-1922 à Paris 75018 décédé le 24-12-1982 à Saint-Symphorien-d’Ozon (Rhône).
Robert Élie Armand Stora né le 10-11-1923 à Enghien-les-Bains, décédé le 18-07-1944 à Saint-Gilles-les-Forêts (87130).
André Michel Joseph Stora né le 13-12-1933 à Paris 75010


Synagogue de Saint Étienne

Construite en 1880 par l’architecte Chapelou, elle ressemble aux Grandes Synagogues parisiennes. L’architecte lui a donné un caractère bien plus Juif, c’est à dire qu’elle ne ressemble ni à un théâtre ni à une église, ni à un temple.

 La synagogue a été construite à quelques centaines de mètres de deux crassiers des mines de charbon, sur un terrain instable. De nombreuses fissures sont apparues et la célébration religieuse devenait dangereuse pour les fidèles et l’officiant. La synagogue, comme les locaux annexes furent démolis et sur le vaste terrain un building a été élevé.

La communauté a reçu en échange deux étages dans lesquels ont été intégrés la nouvelle synagogue et le centre communautaire.

C’est dans cette synagogue qu’André Stora a débuté sa carrière de Ministre-Officiant de 1952 à 1956. Il n’avait alors pas 18 ans.

Synagogue de la Victoire

La Grande synagogue rue de la Victoire fut inaugurée en 1874 et ne fut ouverte aux fidèles qu’en 1875.

L’architecte Aldrophe l’a construite dans un style néo-romain comme celle de Versailles.

Au sommet de la façade à arcades, une citation du Prophète en hébreu : ‘’Ma maison sera une Maison de prières pour Tous les Peuples’’

La synagogue a 28,40 mètres de haut et 44 mètres de long. Les seuls ornements sont ses 12 rosaces symbolisant les 12 Tribus d’Israël.

André Stora y fut Ministre-Officiant de 1956 à 1957.

Synagogue de Nancy

La synagogue de Nancy a  reçu la 1ère autorisation royale pour sa construction . Elle fut inaugurée en 1790. Elle devait se situer loin des regards et fut bâtie sur une zone marécageuse.

On y accédait par une porte discrète, la synagogue étant située en 2ème corps de logis.

À présent elle se trouve en plein centre de ville à 500 mètres de la gare SNCF.

Son architecte était Augustin Piroux. Elle a été agrandie en 1841, puis en 1861.

Sa façade est plus grande que le bâtiment et date de 1935 au moment du percement du boulevard Joffre.

Dans cette synagogue, André Stora a célébré les offices de 1957 à 1994, date de son départ en retraite. Il vit actuellement en Israël depuis 2005.